Les années lycée

Les années lycée
Alors voilà. Ce sera fini cette fois, bien fini. On regardera le bout de nos baskets et on ne relèvera la tête que pour échanger des sourires gênés, et des fois on se jettera dans les bras les uns des autres, la larme à l'oeil.
Et puis bien sûr, en s'écrira, je te tiens au courant, ça tient toujours pour dans deux semaines, rappelles-moi de temps en temps, c'est ce qu'on dira tous mais personne n'en fera rien, limite on croisera nos doigts dans nos poches avec lassitude.
Je ne veux pas assister à ça.

J'aurai jamais cru qu'obtenir mon diplôme serait si triste.

Bien sûr, des amis, on se fera d'autres, c'est la vie, on grandit, on évolue, on change d'environnement et on trouve d'autres personnes pour remplacer les anciennes, mais est-ce que ce sera pareil ?
Est-ce qu'on ne serait pas manqué, vous et moi, est-ce que je ne suis pas passée à côté de l'un d'entre vous, certes peut-être pas beaucoup plus beau ou plus intelligent que les autres... mais fait pour moi, destiné à être l'Être qui me convient, l'Ami avec un A majuscule ?
Je pense à ça et j'ai envie de pleurer, les au revoir ça ne devrait pas être autorisé à être si triste.

Mais bon. On s'en doutait, hein. On le voyait venir, de loin, quelque part dans l'horizon. Dire qu'à la rentrée j'avais peur de me retrouver seule, avec le doublement de D. et...
C'est toujours cette même peur, au fond. Mais surtout celle de ne pas vous revoir.
De toute façon, ça ne sera plus pareil, jamais...

Vous savez quoi ? Il y a plein d'étoiles dans le ciel, la surveillante doit me chercher dans tout le dortoir tandis que D. est en train de lire la présente lettre, sois gentille de la prévenir qu'elle ne me retrouvera. Certainement pas.
J'ai trop besoin d'errer sans but, quelques pas avant l'ultime révérence, sans murs pour retenir, sans humain pour distraire, j'ai trop besoin de sentir le vent frais gifler mon visage.

Je vous aimais vous savez.

Mais il fallait bien que ça finisse un jour, hein.
L'insouciance et le lycée, les fous rires légers et « la belle époque », il paraît.
Si c'était pour nous amener à demain, à ces adieux maquillés comme une voiture volée en au revoir raté, je ne suis plus très sûre que ça en vaille la peine.

Merci, merci pour tout, les fous rires et les disputes, nos blagues rien qu'à nous, ceux qui ne savent pas se taire et ceux qui auraient besoin de parler, ça et le reste.

Merci, vous tous, je me suis bien amusée. Mais le « nous » qu'on a toujours déclamé avec légèreté, sans même y prêter attention, comme si il allait de soi, comme si il allait durer toujours, est en train de s'effilocher, et bientôt il ne sera plus qu'un vieux souvenir racorni, on le gravera dans le sable mais nous ne sommes plus sur la même plage. Personne pour retracer ses lettres maladroites lorsque la mer l'aura effacé.
C'est tellement plus simple d'oublier.

On en aura perdu du temps tous ensemble, hein. À chaque départ, c'est un peu soi qu'on tue, dit-on.

Vous allez me manquer, vous savez. Parce que je sais qu'on ne se reverra jamais, alors pas de vaines promesses. Et quand on sera vieux et qu'on cherchera à tuer le temps comme on l'a toujours fait ensemble, on pourra toujours adhérer au club des anciens et on se racontera nos vies minables entre deux silences pesants, on aura rien à se dire, on sera mal à l'aise ensemble pour la première fois, sans doute, l'étincelle sera éteinte, les exs se demanderont ce qu'on peut bien trouver à celui ou celle qu'on a élu pour partager notre vie, on évoquera les vieux souvenirs autour d'une bouteille de mauvais cidre et personne ne sera d'accord sur rien. Ça va être bien.

Pardon de ne pas rester. Demain, je veux dire. Pour les adieux officiels.
C'est sans doute honteux d'être aussi lâche, mais je ne me sens pas coupable.
Je ne peux pas.
Je ne peux pas voir D. pleurer en nous faisant un signe de main, alors qu'il lui reste encore un an, je peux pas regarder vos visages et lire dans vos yeux que cette fois, c'est fini. Vraiment fini.

Je m'en vais.
Je salue ces vieux murs couverts de graffitis et de farine, ils ont vu tant d'élèves venir et se retirer, comme autant de vagues, et ils sont toujours là, inébranlables falaises.
Je ne les avais jamais vu vides encore, à la lumière de la Lune pâlotte, ils semblent si laids et sinistres et... tristes ? Comme si eux aussi allaient regretter notre départ.
Que ce doit être difficile d'être professeur, se séparer de ceux qu'on a aimé et soutenu une année durant.
Que c'est difficile d'être humain.

Vous vous demandez sans doute pourquoi cette lettre. Je ne pouvais tout de même pas partir sans rien dire.
Par contre, il est inutile de m'appeler sur mon portable. Il est resté au dortoir. J'ai vraiment besoin de rester seule.

Je fais le mur, comprenez-vous ? Rien que pour voir ce que ça fait, une dernière incartade sans danger avant la liberté.
Je savoure le contact de l'herbe sous mes pieds nus.
Tout est si calme et si beau et si pur en cette ultime nuit que j'en oublierai presque que demain...

Je me suis trompée. Il n'y a plus d'étoiles et moi je fuis vers mon avenir.
Peut-être que D. est inquiète, peut-être que la surveillante s'affole et bat le rappel.
Quelle perte de temps.
Tout va bien.

Adieu, donc, puisque je préfère ça à des points de suspension, parce que je ne veux pas gâter tous nos bons moments.

Ça y est, j'ai sauté le mur, une allée de terre s'offre à moi, il s'enfonce dans les profondeurs nocturnes. Je ne sais pas où elle mène et quand à se perdre, autant le faire en parcourant un chemin, au fond je n'ai nulle part où aller. Dieu que c'est bon d'être libre, ce ne serait-ce que l'espace d'une nuit. On n'est jamais vraiment libre.
Ça y est, je ne suis plus triste. Ou alors, juste un peu.

Adieu, donc, et bonne vie.
Un dernier serment avant de disparaître au creux des limbes obscures : je ne vous oublierai pas.

Inutile de tourner cette page, vous savez. Elle est blanche.
C'est à nous d'écrire notre histoire. Notre propre histoire.
Ne faisons pas honte à cette nuit saturée d'espoir.
Fight ! Vous êtes des gens merveilleux. On est des gens merveilleux. Et on va le prouver au monde.
On va tous se battre pour effleurer le bonheur.
Ne faites pas rougir nos souvenirs, ceux de cette époque (qui vous semblera bientôt tellement lointaine) où nous avions la vie devant nous et le sourire aux lèvres.

Je compte sur vous.
M.

P.S. Pour mes affaires ? Pourquoi vous en faites vous pour des choses aussi futiles ?
Je trouverai bien un moyen de remettre la main dessus.
Et au pire... n'est-ce pas ?
Ce n'est jamais que des fragments de passé, hein ?

# Posté le samedi 14 juillet 2007 12:37

Modifié le dimanche 15 juillet 2007 06:49

Savez-vous ce que c'est de tomber ?

Savez-vous ce que c'est de tomber ?
Savez-vous ? Je suis encore tombée.
Je croyais pourtant avoir perdu cette sale habitude. Ça ne durera pas.

Savez-vous ce qu'est un être qui tombe ? Savez-vous l'essence de cet être maladroit et rongé par un mal ancien ?

Savez-vous sa faiblesse ?
Savez-vous comment il se laisse hanter par un visage ? Comment il relit les lettres pour former un seul mot, le seul qui compte, savez-vous comment elles gémissent pour qu'on les sépare, alors savez-vous comme cet être alors à genoux et le front rivé à l'asphalte glacé marie les caractères chéris en un unique nom et les imprime derrière ses paupières closes ?

Savez-vous ce que c'est d'attendre ? Attendre, attendre l'autre, une silhouette, quelqu'un, attendre, attendre de le voir et n'oser lui parler ?

Savez-vous ce que c'est de s'astreindre à des règlements stupides édictés (par qui ? par quoi ?) dans le seul but, semble-t-il, de se conformer au moule difforme de ce que l'on appelle la bienséance, le « politiquement correct », et qui blesse, qui blesse... Savez-ce que c'est d'être meurtri ?
Savez-vous ce que c'est d'inscrire ses pensées dans la simple question « en a-t-il envie également ? »
Savez-vous ce que c'est que la peur ?
Savez-vous ce que c'est que le chagrin ?
Savez-vous ce que c'est que tomber ?

Et savez-vous combien on est stupide ? À s'en mordre les lèvres, à les mordre jusqu'au sang...
Une goutte écarlate zèbre l'écran.

# Posté le mercredi 11 juillet 2007 16:55

Japan Expo

Japan Expo
C'est effrayant. Ce besoin d'appartenir à une communauté. Sûrement cette bonne vieille peur de la solitude.
C'est tellement rassurant. De se retrouver au sein de ce(ux) que l'on a élu comme tribu.
Connus ou non, jeunes ou vieux, les différences (de sexe, d'âge & autres broutilles) s'effacent derrière cet unique point commun, ce trait d'union...
C'est intéressant.


Voilà où j'étais, ces derniers jours. Parmi ceux que j'ai l'audace de considérer comme miens.
Au paradis de Jiraiya & autres Ayame. Où les gens habillés selon les normes en vigueur dans le monde normal sont regardés étrangement. Où il faut attendre des heures pour pousser les portes ou toucher des billets neufs. Où les gens, les stands sont entassés les uns sur les autres. Tout y est cher & ça manque de boutiques démentes. Les concerts y sont exécrables, mais les défilés sont très beaux, entre deux clips abominables (des vaches décapitées, à tout hasard). On s'y assoit sur un pouf pour savourer un manga, ou sur une chaise pour déguster des sushis, ou sur le sol pour rire aux larmes entre amis ou presque. Ou on traîne des pieds derrière des inconnus. On y mitraille des inconnus très bien habillés. On tombe encore. On rate des gens, on en trouve d'autres. Le bonheur d'être en mini jupe sans complexe.

Ma Japan Expo ? Très bien merci, la votre ?

# Posté le mardi 10 juillet 2007 17:52

Tag

Tag
J'aurai pu obéir à la bonne vieille tradition du tag, qui se répend d'un blog à l'autre comme une invasion de poux. Parce que c'est sûr, c'est bien le tag : c'est convivial.... on a le sentiment d'appartenir à une communauté (factice)... au 2000ème degré, c'est à se tordre de rire... c'est très intéressant de violer les sept pensées les plus futiles qui traversent la tête d'un inconnu (ou non)... c'est éminement utile et instructif (comment condenser sa vie en 7 points... comme si une vie était aussi étriquée), même si personne ne les lit jamais...

J'aurai pu ainsi vous dire que je perds du temps sur la Japan Expo (LA JAPAN EXPO QUAND MÊME !) en écrivant cet article. Ou vous dire que je m'ennuie à mourir chez moi et que je cherche déséspérement un boulot, et que pour m'occuper je vais même jusqu'à regarder les séries américaines (si si). Ou vous annoncer que j'ai eu 17 à l'écrit et 18 à l'oral au bac de français même si je suis en S (mais non je le me la pête pas, c'est naturel). Que je me sens seule à en crever, que je soupire devant la frivolité profonde de cette pensée, que je n'ai pas renoncé à la chasse aux trésors des gens interessants et un jour j'y arriverais. Que je suis fondamentlement fauchée en ce moment Que je me sens elefantesque & raffole des bretzels. Ou même (apogée du subjonctif) que je suis en panne de lecture et que c'est affreux, Unintended de Muse et Lemon Tree de Fool's Garden en fond sonore, et que cette musique est magnifique.

Mais je le ferai pas. Parce que je suis une rebelle/handicapé du clavier/pressée ? Non. Parce que j'ai envie.

# Posté le vendredi 06 juillet 2007 04:16

Modifié le lundi 09 juillet 2007 13:46

La lettre

La lettre
Et sur la table, il y avait une lettre. Cette lettre.

Cette table, je pourrais presque l'effleurer du bout des doigts, les paupières closes, aujourd'hui encore.
C'était la table de notre petite cuisine commune, elle communiquait avec toutes les chambres.
Personne n'y mangeait jamais.
Instinct de conservation, sans doute : je pense qu'aucun d'entre nous n'était en mesure de mitonner un quelconque plat comestible.
Mais moi, j'aimerai bien m'y asseoir, parfois.
Vous croyez vraiment que Célia l'ignorait ?

La lettre était posée là, sur le bord de la table. Comme par négligence. Comme par distraction.
Mais ceux qui connaissent Célia savent qu'elle n'agissait que très rarement par distraction. Très très rarement.

De qui était la lettre ? Quel était son contenu ? Professionnel ou personnel ? Ami ? Famille ?
Aucun de nous n'a tenté de le savoir, personne n'a ouverte cette missive qui nous narguait (bien qu'on puisse être sûr qu'aucun de nous n'a pu la manquer. D'autant qu'elle est restée quelques jours ainsi, avec ses lettres alambiquées et agressives délimitant le nom de Célia).

Vous savez, ce qu'était cette lettre, son essence, je veux dire (son encore et la facture de son papier, les sentiments qu'elle transpirait et les informations qu'elle cristallisait, son auteur...), ça n'avait aucune importance. Aucune.
Car tout ce qui comptait, c'est que Célia avait reçu une lettre. Et pas nous.


# Posté le mardi 03 juillet 2007 17:45

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 08:04