Interlude

« La vie est plus simple que ce que tu crois. » il a fait en allumant une de ses immondes cigarettes dont il semble incapable de se passer une demi-heure consécutive. Elles puent en plus.
« Et arrête de pleurer, ça m'horripile. »
Le connard dans toute sa splendeur. Et il est fier, il savoure son effet, il crache sa fumée avec ce qu'il croit être de l'élégance, mais qui lui donne juste l'air stupide. Il se prend pour la star du café, et dans un sens, il n'a pas tort : tout le monde le regarde. À moins qu'ils ne me regardent, moi. Je ne vois vraiment pas pourquoi.
Je suis sûre qu'il ne m'a emmené ici rien que pour ça. J'aurais dû m'en douter à son petit sourire ravi : tout lui ça. C'est tellement rare de le voir sourire...
Mais vous pensez bien : foutre une honte publique à sa petite amie... pardon, ex, il y a de quoi mouiller son caleçon, c'est sûr.
Je suis lasse de lui offrir le spectacle de mes larmes (que voulez-vous : on est bonne poire ou on l'est pas).
Je me lève sans un mot et je me dirige vers la sortie du café.
Je pensais qu'il resterait assis, son petit sourire narquois rivé aux lèvres.
Il se lève. Précipitamment. Il court. Dans ma direction. Il crie même. « Attends ! »
Je lui fais la grâce de l'attendre. C'est bien plus que ce que j'espérais.
« Tu n'as pas payé ton thé. »
Je crois que je le haïs.

# Posté le lundi 11 juin 2007 10:08

Modifié le vendredi 15 juin 2007 08:04

Interlude

Interlude
Elle allume son ordinateur, s'agite, impatiente, et fait les cent pas autours de la chaise tandis que Windows déroule lentement son inutile barre de téléchargement.
Enfin le profil utilisateur s'affiche, elle s'empare de la souris et clique hâtivement sur sa boîte aux lettres électroniques.
Pas de nouveau message.
Oh, pardon. Un. Une publicité qui l'invite à se connecter sur le site dont le lien est noyé parmi des femmes à demi nues. Corbeille.
Elle ouvre une fenêtre Internet, se connecte sur son site perso. Pas de commentaire non plus.
Elle soupire et pointe son curseur sur l'icône MSN Messenger, elle délaisse l'écran quelques instants pour préparer une tasse de chocolat chaud (tandis que tourbillonnent les figurines vertes et bleues).
Un jingle, une fenêtre de conversation qui clignote.
Elle repose à grand bruit le pot de poudre de cacao sur le plan de travail et se précipite sur son siège de bureau.
Mais ce n'est pas celui qu'elle attendait.
« Salut, ça va ? »
Ses doigts frappent les touches. O. U. I. Entrée.
Elle fond en larmes tandis que l'autre entame le récit de ses dernières aventures nécessairement captivantes, dans un long monologue boursouflé d'autosatisfaction.
Il n'aura même pas attendu sa réponse.

# Posté le lundi 11 juin 2007 10:01

American Beauty

American Beauty
Les yeux rivés sur la fenêtre, à observer tout ce qui ne se passe pas, dehors.
Mal au ventre. Spleen. Ça ne trompe pas.
La même séquence du film passe encore et encore, un bouquet de roses carmin dans un coin de l'écran. Dieu que c'est beau.
Ça n'avance pas, ça n'avancera jamais, et ça n'a aucune importance.
« - J'espère que ça ne vous embête pas que j'aie mis de la musique.
- Pas du tout. Mauvaise soirée ?
- Pas vraiment mauvaise. Bizarre.
- Je connais. Et crois-moi elle peut pas être plus bizarre que la mienne.
- On s'est engueulé, avec Jane. C'était à propos de vous.
(...)
- Alors ? Est-ce que tu vas me le dire ? Qu'est-ce que tu veux ?
- Je ne sais pas.
- Tu... tu sais pas ?
- Qu'est ce que vous voulez ?
- Tu plaisantes ? C'est toi que je veux. (...) Tu es la chose la plus magnifique qui me sois jamais arrivée.
- Vous me trouvez pas... ordinaire ?
- Tu pourrais pas être ordinaire même si tu le voulais... » American Beauty
Si, c'est important.
À croire qu'avoir le c½ur qui bat plus fort est puni par la loi, il n'y a qu'à voir le châtiment...
Envie de rien, sauf de... et bien sûr, ça ne regarde personne.
Personne.

# Posté le lundi 11 juin 2007 08:36

Modifié le mardi 12 juin 2007 17:47

Sfix

Sfix

Il paraît qu'ils ont inventé une nouvelle drogue. Le Sfix, ça s'appelle. Ça viendrait de « stop » et de « fix ». Moi ça me fait juste penser à Styx.

Il paraît qu'elle est géniale, que vous allez voir, ça va tout changer, qu'avec ça, on arrête d'aimer. Et ouais.
Plus de battements de coeur désordonnés, plus de mains qui tremblent bêtement, on peut enfin dormir sur un oreiller sec, sereinement, ne plus se laisser distraire par un visage.
Plus d'espoir vain, plus de souffrance inutile... jusqu'à la descente.

Ils vendent ça à prix d'or, c'est interdit par la loi mais on en trouve à tous les coins de rue, vendus sous le manteau, on en trouve comme s'il en pleuvait.
On dit que c'est le gouvernement qui a mis ça au point, pour accroître la rentabilité dans les entreprises, et parce qu'il n'y a plus assez de maisons ou de F4 sur le marché de l'immobilier, tout ça...

On murmure aussi qu'il y a de la came vachement pure qui circule, de plus en plus, qu'on ne trouve presque plus que ça, en fait, qu'elle est vendue au même prix que l'autre, qu'elle déménage, qu'elle est dangereuse et délicieuse, que c'est l'overdose assurée, que ceux qui y ont goûté ne ressentiront plus rien, jamais. En une seule injection t'as ta dose pour la vie.
Plutôt économique.

J'écris ce récit pour tous ceux qui n'ont jamais pressé une seringue, toutes les âmes prudes qui jurent qu'elles ne toucheront jamais à la drogue, pour tous ces ados naïfs qui prétendent préférer souffrir à oublier.
Pour garder trace. Parce que je crois qu'ils ne vont pas faire légion, d'ici peu de temps.

Moi, je me suis déjà shooté, et je le ferais encore, j'ai même une piqûre toute prête qui m'attend. Peut-être que je ne redescendrais jamais de mon nuage.
Et après ?
Je vous défends de me juger. Parce que vous auriez sans doute fait la même chose.

Comprenez-moi. Actuellement ? Oh, je n'aime personne. J'ai juste la cage thoracique criblée de points d'interrogations. Comme autant de balles. Et je dois avouer que ça fait un mal de chien. Comme un hameçon dans ma poitrine qu'on tiraille, qu'on tiraille...
Ça devrait me réjouir. Ça m'épuise.

Je n'en peux plus. J'ai plus envie. D'être tourmenté, tout ça.
Je sais ce que vous vous dites. C'est un faible, un lâche, un junkie.
Mais regardez-vous.
Vous vous croyez clean peut-être ? De vraies saintes-nitouches, pas un seul dérapage, même pas un faux pas. Vous êtes parfaits, ne touchez à rien.

Du vent. Du vent, je vous dis. Vous êtes accro, vous aussi.
Qu'est-ce que vous croyiez au juste ? Que la fièvre vous avez épargné ?
La blague. Regardez-vous. Des shootés. Shootés aux mièvreries, aux sentiments, aux endomorphines que vos sales petits neurones crachent lorsque vous vous croyez amoureux d'un autre (on est toujours amoureux de soi, enfin !) et aux montées d'adrénaline.

Moi au moins, j'ai ma seringue, ultime rempart à cette dope pernicieuse qui a commencé à courir vos veines lorsque vous avez émergés des ténèbres, doucement, goutte à goutte, tapie au fond de votre poitrine, jusqu'à ce que vous rencontreriez celui ou celle que vous êtes destinés à aimer. Que dis-je. Que vous choisissez d'aimer. Lui, elle, et puis tous les autres ensuite. Comme autant de clefs pour mieux déverser dans votre sang le poison que vous vénérez comme un dieu.
Ne vous plaignez pas. C'est vous qui l'avez voulu.

Moi, je ne joue plus.
Je vais m'injecter cet antidote à mes tourments et qu'on en finisse. Libre à vous d'en faire autant.
Il est possible que l'amour n'explose plus jamais derrière mes côtes, je sais. Et après ?

Il paraît qu'il y en a qui n'ont pas su supporter le vide en eux.
Il paraît qu'il y a des gamines devenues frigides qui vendent leurs charmes dans l'espoir de pouvoir un jour acquérir de quoi neutraliser le Sfix.
Il paraît que l'industrie et les entreprises sont en chute libre, parce que leurs employés n'ont plus envie de rien.
Il paraît même qu'il y a des c½urs châtrés qui en sont morts de désespoir, vidés de toute substance.

...

Et puis après ?

# Posté le dimanche 10 juin 2007 11:37

Modifié le lundi 11 juin 2007 10:03

Interlude

Interlude
Quinze ans de vie. Et les fées crachent des bulles de savon.
J'aimerais me sentir aussi légère qu'elles, ça doit être bien de flotter dans le vent. Trop de boulets rivés au myocarde.
Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas.
Dis... Si tu rencontrais Roméo... Même si tu ne le rencontrais pas, d'ailleurs, si tu l'apercevais dans la foule, caché derrière son masque blanc à plumes d'oie... Tu l'aimerais quand même ? Malgré vos âges respectifs ? Malgré la brièveté de votre échange ? Malgré vos familles, malgré les conventions sociales, malgré le mariage qui se profile, malgré la ville, malgré le monde ? Tu l'aimerais quand même ? Malgré tout ?
Tu en serais vraiment capable ? Tu en es sûre ?
Tu n'es pas obligée de répondre... non, je préférerai même que tu ne répondes pas. Au moins je suis sûre de ne pas t'amener à devenir parjure, un jour...
Mais rappelle-toi. Ce n'est pas si facile. Pas si simple.
Moi, je... aucune importance.
Bonne vie à tous... vous croyez que la mort doit toujours avoir un sens ?

J'ai juste besoin d'une étreinte. Là, tout de suite. N'importe qui, oui, même toi, là-bas, qui es seul et qui soupires. J'ai juste besoin de quelqu'un. De quelqu'un qui ait besoin de moi.
Parce que moi... moi j'ai trop besoin de quelqu'un.

# Posté le dimanche 10 juin 2007 10:01

Modifié le lundi 11 juin 2007 04:34